Une enfance sans enfance

Auguste le Breton naît en 1913, à Lesneven, en France.
Son père meurt au combat (guerre de 14-18).
Sa mère l’oublie.
Il n’a personne. Rien.

“Je ne place rien au-dessus de la liberté. Cette liberté qu’on m’avait prise, me projetant cul-terreux de huit ans, des prés bretons où je gardais les vaches, dans des orphelinats de guerre, où sévissaient ceux qui nous lançaient à la face que nous étions nourris par la charité de la nation.

De ces années d’orphelinat je n’ai conservé que peu de souvenirs mais ce dont je me souviens le mieux de cette époque, c’était d’être déjà marqué. Déjà rebelle.

A 10 ans je bifurquais carrément et quittais la ligne droite tracée, imposée par ceux qui se gardent bien de la suivre.

Repris rapidement, je fus catalogué fugueur. Anormal. Ce mode de classification simplifie les problèmes, met les consciences à l’abri.

À dix ans ne s’évade pas qui en a envie. Faut vouloir. Entièrement et entre ceux qui acceptent et subissent et ceux qui refusent, j’avais tranché le lien. Depuis je n’ai jamais renoué.

Tenace, entêté, me refusant à vivre derrière des grilles, deux ans après je m’évadai de nouveau. La fugue cette fois fut plus longue. Re-repris après plusieurs jours, j’avais aggravé mon cas. Cette seconde évasion devait me conduire derrière des murs encore plus hauts. Des grilles encore plus farouches. Ceux celles d’une maison d’éducation surveillée. À l’époque un bagne dans son genre. Pire que le pire des bagnes d’adultes.”